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Vaquant à nos propres affaires : le retour à la terre dans l'est du Canada durant les années 1970

George Thomas, Fenn Martin, Simon Brown, Cristina Lisi, Sheilah Wilson, David Senior


Partout en Amérique du Nord dans les années 1970, près d'un million de jeunes, issus principalement des grands centres urbains, ont effectué un « retour à la terre ». Influencés par une critique commune de la société de consommation, la guerre du Vietnam et les effets homogénéisant et souvent oppressifs des médias de masse, cette génération souhaitait vivre de manière plus authentique, autonome et plus en accord avec le monde naturel. La plupart d'entre eux ont acheté des petites fermes et ont commencé une vie nouvelle dans des endroits comme le Cap-Breton, l'Île-du-Prince-Édouard et d'autres régions du Canada atlantique.

L'expression « doing our own thing » ou vaquer à ses propres affaires qu'utilisaient ceux qui étaient retournés à la terre décrivait succinctement les principes qui régissaient leur vie et provenait probablement de l'essai de Ralph Waldo Emerson Self-Reliance paru en 1841 dans lequel il écrivait « faites vos propres affaires et je vous reconnaîtrai. » Tout comme l'essai d'Emerson, cette expression témoigne d'une emphase sur la non-conformité, l'autonomie et le faire soi-même. Dans leurs activités quotidiennes, les gens qui avaient fait un retour à la terre exprimaient leurs valeurs et leurs idéaux dans des activités comme la construction domiciliaire, le jardinage, le soin des animaux, l'entretien de la machinerie agricole, les accouchements et les rencontres sociales. Nombre de ceux qui avaient fait un retour à la terre étaient très scolarisés, souvent en arts. Méfiant de la représentation, qui était souvent alignée sur la publicité, la propagande et autres formes de contrôle social et de l'objet d'art en tant que bien, ceux qui avaient fait un retour à la terre ont entrepris de « faire » et de « fabriquer » ou de voir l'art en tant que geste plutôt qu'en tant que simple interprétation et réflexion. Ce foyer d'idées était en parallèle avec les développements qui se produisaient dans le monde de l'art - les artistes de la fin des années 1960 épousaient en masse l'utilisation d'instructions et l'idée de l'art en tant qu'information et l'art en tant que vie.

Cette exposition fait contraste avec l'accent conventionnel sur les objets néo-artisanaux que l'on a tendance à associer au mouvement de retour à la terre, objets qui demeurent largement liés à l'économie de marché, axés sur le tourisme de la région. Dans les premières années du mouvement, les pratiques vécues d'autonomie, de partage de l'information par le biais de publications indépendantes, d'appréciation de l'éphémère et d'invention de nouvelles formes sociales se situaient à l'avant-plan de leur esthétique. Les projets présentés dans cette exposition font un retour sur ce moment, réunissant la distinction entre l'art et la vie, mettant l'accent sur l'utilisation de l'information et la création d'objets fonctionnels. Les photographies du peintre et photographe George Thomas dont bon nombre ont été prises pour illustrer des articles pour des publications pour ceux qui avaient fait un retour à la terre comme Harrowsmith, ou comme images promotionnelles pour des produits comme meubles et poêles à bois, décrivent les espaces habitables et les activités quotidiennes des familles qui avaient fait un retour à la terre au Cap-Breton. Au début des années 1980, l'architecte italienne Cristina Lisi a fait des recherches sur les maisons bâties à la main à l'Île-du-Prince-Édouard, recherches dont les fruits sont présentés sous leur forme originale - clichés, croquis, dessins et textes destinés à être publiés sous forme de livre.

La bibliothèque du Whole Earth Catalog, qui comprend des livres et d'autres ressources énumérés dans le Whole Earth Catalog, illustre le rôle du partage de l'information au sein du mouvement. Et la présentation « académique » romancée de Simon Brown propose un lien caché entre les artistes conceptuels de l'époque et la philosophie et la pratique de ceux qui avaient fait un retour à la terre.

Vaquant à nos propres affaires examine également l'héritage du mouvement de retour à la terre dans trois projets contemporains créés par des artistes qui ont grandi dans des familles qui avaient effectué un retour à la terre dans les Maritimes. Sheilah Wilson se penche sur cet héritage dans Doucement et lentement le pèlerin avance, une étude de souvenirs personnels dans des œuvres basées sur la photographie et le texte qui relient histoires et images recueillies à l'Île-du-Prince-Édouard et dans le comté de Pictou où elle a grandi, Bay, Caili et Seth Woodyard ont conçu une installation pour le site, installation qui marie vidéo, sculpture et textiles. Leur œuvre explore la structure, la texture et les stories de leur enfance qu'ils ont passée dans un dôme géodésique construit par leurs parents à DeGros Marsh, Î.-P.-É., dôme qu'ils décrivent comme étant « le théâtre dans lequel l'histoire de notre famille s'est déroulée. » Et Batteuse 002 de Fenn Martin, une batteuse à grain fonctionnelle qui s'accompagne d'instructions basées sur celles que l'on trouvait dans le Whole Earth Catalog. Conçue pour servir dans la ferme de Martin située près d'Antigonish, Batteuse 002 reprend une technologie plus ancienne dans le cadre de son propre projet de retour à la terre du 21e siècle, laissant entendre que ces idées et pratiques sont encore pertinentes et utiles.

-Amish Morrell et Pan Wendt, commissaires

Artistes en vedette : George Thomas, Fenn Martin, Simon Brown, Cristina Lisi, Sheilah Wilson, David Senior

7 mars 2015 - 21 juin 2015