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Garder la pose - Portraits de la collection


Cette exposition comprend des peintures choisies parmi la collection permanente du Musée d'art du Centre de la Confédération. En présentant des portraits historiques ainsi que des représentations contemporaines d'individus et de groupes, on offre une vue d'ensemble de ce genre au Canada, de ses nombreuses approches et transformations au fil du temps, en mettant tout particulièrement l'accent sur la façon dont les sujets des portraits ont joué un rôle dans l'œuvre qui en a résulté - leur attitude, leur façon de se comporter, de se présenter et la façon dont ils ont posé sont tout autant le sujet de l'œuvre que leur ressemblance physique. En fin de compte, les portraits sont le fruit d'une rencontre entre l'artiste et son modèle. Le point de départ de cette exposition est l'œuvre de l'artiste de l'Île-du-Prince-Édouard Robert Harris (1849-1919) qui, à la fin du 19e siècle était un des portraitistes canadiens les plus réputés. Ses portraits dialoguent avec le phénomène de la photographie commerciale qui connaît une popularité grandissante. Son œuvre atteste du travail du pinceau de cet artiste et de son talent à saisir une ressemblance quasi-naturelle, adhérant de près aux traditions de longue date de la représentation formelle et festive qui est en contradiction avec la disponibilité nouvelle et de plus en plus accessible de l'image photographique. Ses portraits définissent ses sujets comme étant des monuments durables. Les modèles posés et majestueux sont posés sur des fonds foncés tels des images volumétriques et physiquement imposantes, accentuées par des cadres dorés. L'esthétique de l'art du portrait est une esthétique d'élévation et de solidité, la ressemblance servant à la préservation et à la and célébration.

Le mariage du naturel et de la monumentalité dans l'œuvre de Harris était non seulement une réaction au pouvoir documentaire de la photographie, mais aussi une réaction aux images nettement plus artificielles de l'autoreprésentation aristocratique que l'on peut voir dans cette exposition dans les œuvres de Thomas Mower Martin. Au cours du siècle qui a suivi les jours de gloire de l'art du portrait officiel de Robert Harris, les événements modernes - l'incertitude de la situation des individus dans le monde - ont envahi et transformé le genre. À une époque où tous peuvent et devraient être dignes sujets d'une image, l'enregistrement des vies individuelles s'est adapté en se concentrant sur les façons dont les personnes définissent et dépassent les conditions de leur existence.

L'identité du modèle est la raison d'être du portrait qui cherche à établir le caractère unique de la personne ainsi que sa place dans la société et dans l'histoire. Au cours du siècle dernier, la représentation festive de l'identité individuelle a fait l'objet de vastes critiques qui ont redéfini ce genre. Des portraits quasi-ethnographiques de George Pepper et Kathleen Daly qui devaient servir à définir une nation multiethnique aux photographies de Barbara Astman et KC Adams qui illustrent des sujets qui se positionnent en relation à des stéréotypes de genre et de race populaires, il est évident que le portrait joue maintenant un rôle dans les représentations de l'identité. Dans ce contexte, on ne peut plus tenir pour acquis le naturel des poses de la fin du 19e siècle. Même la célébration de personnages historiques peut se faire au moyen de formes théâtrales grandement modifiées, comme c'est le cas des estampes aux cadres dorés ironiques de Rémi Belliveau.

La pose elle-même et son statut en tant que registre peuvent être représentés de manière tragique, tels une sorte d'habitude ou de façon de voir courante. Edward Poitras représente physiquement la pendaison de Louis Riel dans son image d'un héros national. Dan O'Neill et Stephen May illustrent la pose séductrice en tant qu'image séductrice, le sujet individuel étant filtré par des couches d'associations qui compliquent la tâche du modèle. Dans l'œuvre du peintre de l'Île-du-Prince-Édouard Brian Burke, présentée ici en tant que contrepoint de l'héritage de Robert Harris, la pose devient vulnérable, l'autoreprésentation et l'isolement visuel du sujet sont profondément ambivalents, et même opprimés par un espace aplani qui laisse néanmoins la position du modèle ouverte. Les portraits de Burke illustrent le potentiel et les limites de la liberté contemporaine et de l'incertitude.

-Pan Wendt, conservateur


27 janvier 2016 - 27 novembre 2016


David Blackwood, Le capitaine Jesse Winsor chez lui à Wesleyville, (détail), 1975, gravure et aquatinte sur papier, 87 x 58 cm. Collection du Musée d'art du Centre de la Confédération