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Damien Worth : Espaces peints

Cette exposition présente les œuvres de l'artiste émergeant de l'Î.-P.-É. qui, dans ses peintures, explore la tension entre les diverses façon d'exprimer l'espaces dans des œuvres qui contiennent des éléments figuratifs et abstraits. Assault carnivore sur Athéna, (détail), 2010, acrylique, latex, huile et collage sur toile, 122 x 122 cm


Lorsque Tom Thomson s'est rendu au Parc Algonquin il y a un siècle, le paysage canadien semblait être un espace d'auto-invention infinie, une région reculée ouverte que l'artiste a peinte avec formes et couleur. Il demeure un lieu débordant de connotations de renouvellement, mais notre rencontre avec la nature est maintenant lourde d'incertitude. Il semble que le paysage ne nous permet plus facilement de nous évader de la vie moderne ou d'en être le contrepoint. Désormais, comme le montre éloquemment les photographies d'Edward Burtynsky témoignant des imposantes interventions de l'industrie, le paysage atteste de la portée rapace et apparemment sans bornes de la modernité. Damien Worth décrit ses peintures comme étant des « paysage en crise ». Flanquée de deux copies qui semblent illustrer les paramètres de son projet - une de Thomson, l'autre de Burtynsky - l'œuvre de Damien traite de l'histoire difficile de l'imagerie du paysage et de sa relation avec la pratique de la peinture elle-même. Alors qu'il fut un temps où la peinture sur toile pouvait exprimer un espace ouvert, inarticulé et naturel, elle est maintenant noyée dans une relation plus tourmentée avec la mémoire, les rêves et les fantasmes d'évasion. Sous la pression de la photographie et du numérique, la peinture semble en état permanent de crise dans laquelle ses matériaux - dans le cas de Worth, l'huile, l'acrylique, le latex et les collages d'imagerie trouvée - ne peut plus être ressentis comme étant des véhicules neutres, pas plus que des expressions ou des points de vue personnels.

Ils n'en sont pourtant pas moins fortifiants puisque l'artiste tire parti de l'interaction de la forme, de la couleur et des matériaux qui continue de fournir à la peinture une décharge viscérale d'immédiateté, et qui réussit néanmoins à ouvrir de nouveaux points d'entrée ou de nouveaux angles dans cette technique et dans son histoire. Worth aborde l'espace peint d'au moins deux façons simultanément. D'une part, il crée des surfaces matérielles en coupe, et de l'autre, il imagine des paysages immersifs, faits de liquides opaques qui défléchissent l'espace illusoire. Il n'y a pas de « perspective » légère dans ces œuvres même si elles semblent souvent illustrer ce qui paraît être des ciels et des nuages (fréquemment représentés au moyen de diverses traditions non-occidentales de la création d'espace). L'analogie entre l'espace de la nature et sa représentation est rompue. Outre ses peintures récentes, Worth a inclus une exploration de nouvelles technologies pour la visualisation de l'espace - les paysage peints sont transformés en des réalités virtuelles - nous rappelant ainsi le rôle fondamental de la peinture qui est de créer de nouveaux mondes visibles liés à celui-ci.

-Pan Wendt, conservateur


8 octobre 2011 - 29 janvier 2012