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Chaînes de montage : Stephen B. MacInnis, Ruth Marsh, Sarah Saunders, Aaron Weldon

Des artistes contemporains proposent des œuvres chargées d'associations personnelles avec des démarches impersonnelles ou répétitives.


Cette exposition présente des œuvres récentes de quatre artistes qui créent des objets en série, d'une manière qui rappelle les chaînes de montage. Les œuvres d'art individuelles semblent ici faire partie d'un tout plus grand, leur singularité étant camouflée par l'effet du processus répétitif ou du système dont elles sont issues. Ce qui importe ici, c'est le passage des choses par différents états, comme si la création artistique était une question de transmutation plutôt que de création. Ce mouvement dans une « chaîne de montage » peut brûler, cacher, geler, animer et multiplier des objets précédemment chargés de souvenirs, d'individualité et de poids.

Dans sa Longue série, le peintre Stephen B. MacInnis exprime les répercussions qu'ont les pressions multiples sur le geste créatif. Cette série se compose de 1000 peintures d'un pied sur un pied, évaluée chacune, quelque peu malicieusement, à exactement 100 $. L'œuvre a été créée sur une période de deux ans selon une méthode qui réglait les questions pragmatiques et conceptuelles. Père de jeunes enfants, MacInnis n'était plus en mesure de peindre selon sa façon concentrée habituelle. Il a donc isolé chacune des différentes techniques auxquelles il a recours pour faire des marques et a créé pour ses œuvres un cycle de production global à long terme, renonçant au contrôle et à l'attention que nous associons aux artistes visuels. Dans cette installation, la réception est aussi ouvertement régie par des systèmes et des cadres externes, les unités individuelles de la Longue série étant présentées très différemment - en piles, dans des boîtes de rangement, encadrées et non encadrées.

Ruth Marsh collectionne les abeilles mortes, réfléchit sur le sort de chacune d'elle et demande à toutes les personnes qui lui ont donné de tels petits insectes comment ils pensent qu'ils sont morts. La nostalgie - d'un lien avec le monde des insectes ou de la perte d'un individu - est à la fois exprimée et intégrée dans le geste de la préservation; chaque abeille est une « copie infidèle », le résultat d'un méticuleux effort de reconstruction et d'ornementation. Les parties manquantes ont été fidèlement remplacées par des fragments de bijoux, du fil de métal, du velours, des résistances électriques et divers matériaux de rebut. Le produit final, exposé dans des cloches à vide, évoque à la fois les reliques saintes et les spécimens didactiques.

La sculptrice Sarah Saunders plonge des tissus de coton dans de la porcelaine liquide, pour ensuite les faire cuire, ce qui provoque la désintégration de l'original, souvent rempli d'émotions, artefact, qui laisse derrière lui une coquille poreuse. Dans une pratique parallèle, elle a créé des balayages à échelle anthropomorphique de cuillers en argent que sa mère lui a laissées. Objets de souvenance et d'intimité transformés en groupements ayant une nouvelle orientation et une nouvelle vie collectives et ce, même si l'individualité de chaque objet perdure dans les détails des motifs et des preuves d'utilisation.

Aaron Weldon se sert d'imagerie photographique trouvée, et pourtant très personnelle, qu''il réfracte par divers systèmes de reproduction et de circulation, la repeignant même, pour engager le marché touristique en adoptant le format « art de bois flotté » et pour documenter la réaction entre les fossés géographiques et temporels. Son installation aborde des questions socioculturelles et économiques portant sur la valeur de l'image ainsi que les contextes expérimentaux incarnés dans l'exposition d'art.

Pan Wendt, conservateur


22 octobre 2011 - 4 mars 2012
Sarah Saunders, Séries Bonnets, (détail), 2008-10, porcelaine, dimensions variables;
Série Mouchoirs, 2008-2011, porcelaine, dimensions variables.