Archives des expositions


Swintak et Don Miller, Bunker géré par des artistes, Première partie : Tour de babil

Installation à grande échelle des artistes en résidence Swintak et Miller créée à partir d'objets glanés dans l'entrepôt du Musée. Conservateur, Pan Wendt.


Lorsqu'on les a invités à être artistes en résidence cet été, Christine Swintak et Don Miller m'ont demandé de leur confier une tâche qui les mènerait à une exposition. Leur démarche est guidée par l'improvisation à partir d'un ensemble de matériaux et un verbe ou un premier geste. Je leur ai confié la tâche (et point de départ) de nettoyer le sous-sol inférieur du Musée que le personnel a surnommé le « bunker », et d'en transporter le contenu en haut en vue de la création d'une œuvre. Outre son utilité éventuelle pour nous, cette tâche avait le potentiel de donner de la visibilité à une certaine histoire de notre institution ainsi qu'aux objets en coulisses d'une exposition : caisses, plinthes, livres et diapositives, affiches, matériel d'encadrement et autres détritus accumulés au cours des quelque 50 ans de la vie du musée, certains encore utilisés, mais la plupart n'accumulant que de la poussière et n'ayant plus aucune utilité. En construisant une œuvre à partir de ces matériaux, ils allaient pouvoir faire référence au cadre, mots, main-d'œuvre et conditions d'entreposage sous-jacentes à toute œuvre d'art, exposition ou collection. Cependant, en fin de compte, ils ont caché ou mélangé une bonne partie de cette information, amoindrissant son assimilation facile à des modes d'évaluation conventionnels pour se concentrer sur les qualités physiques ou esthétiques latentes des objets qu'ils ont trouvés. Swintak et Miller considéraient que par leurs gestes, ils redonnaient vie à ces objets et ils se sont donné pour tâche de créer une tour qui monterait jusqu'au plafond, en empilant tout simplement des objets, sans les arrimer. Les artistes ont analysé les objets par une déformation enjouée de la notion de recherche. Plutôt que de les envisager selon leur contenu avoué, ils les ont choisis et placés en fonction de leur force sous compression, de leur potentiel en tant que matériaux de construction du squelette d'une tour, ainsi que de leurs qualités esthétiques, pour en extraire littéralement l'information imprévue qu'ils renfermaient. L'édification de la tour s'est faite selon une démarche en évolution constante plutôt que selon une structure planifiée, un ensemble d'instructions ou un système. Les règles étaient créées pour être rompues au fur et à mesure que les conditions changeaient. Les artistes réexaminaient la situation à chaque niveau, jusqu'à ce qu'en fin de compte, les paramètres soient établis par la hauteur du plafond. La « Tour de babil » qui en a résulté documente la démarche frénétique de Swintak et Miller, démarche dans laquelle on portait constamment attention aux questions matérielles et structurales, dialogue tourbillonnant entre action et réflexion sur un ensemble d'objets chargés dans l'espace.

-Pan Wendt, conservateur


16 juin 2012 - 7 octobre 2012
Détail de Tour de babil