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David Alexander : La forme du lieu

Alexander aime trouver des lieux qui comportent peu de traces de contact humain et il cherche à saisir et transmettre l'essence fondamentale et les histoires naturelles des endroits qu'il peint. Organisée et mise en tournée par la Kelowna Art Gallery.


Le paysage en est la preuve.
- David Alexander David Alexander est né en 1947, à Vancouver, Colombie-Britannique. Tout jeune, il connaissait déjà l'art, tout particulièrement celui d'artistes établis en Colombie-Britannique, comme Emily Carr. Il a grandi sur la côte ouest, fréquentant une école secondaire de Steveston, C.-B, puis il a étudié dans une école d'art de Nelson, la Kootenay School of the Arts (alors affiliée à l'Université Notre Dame qui n'existe plus). En 1979, Alexander a assisté à un atelier d'été pour artistes professionnels à Emma Lake, Saskatchewan, et, en raison de l'expérience positive qu'il y a vécue, il a déménagé à Saskatoon l'année suivante pour suivre des cours de cycle supérieur à l'Université de la Saskatchewan. Il est demeuré à Saskatoon jusqu'à ce qu'il retourne vivre et travailler à Kelowna, C.-B., en 2003. Il a beaucoup voyagé, tant pour voir des œuvres d'art dans des musées que pour explorer divers paysages isolés ou inhabituels dans des endroits reculés.

Les peintures d'Alexander se caractérisent par l'intensité de leur vision, leurs couleurs fortes et vibrantes et un sens convaincant des particularités des lieux. Alexander a pour quête personnelle d'élargir la signification et le rôle de la peinture du paysage en tant qu'activité contemporaine et en tant que domaine de réflexion et de travail. Grâce à ses mains, la peinture de paysage survit à titre de poursuite valide et vivante, et non à titre de poursuite reléguée dans le passé. On pourrait dire de son œuvre qu'elle ne porte pas tant que le paysage que sur la nature et sur l'expérience que l'on vit lorsqu'on est plongé dans un environnement naturel.

Les œuvres d'Alexander ont fait l'objet de nombreuses expositions et font partie d'un grand nombre de collections privées et publiques au Canada. La présente exposition s'accompagne d'un catalogue auquel ont collaboré plusieurs auteurs et publié pour la Kelowna Art Gallery par McGill-Queen's University Press.



Premières œuvres

Le paysage est notre plus gros réceptacle; nous y déposons de bonnes et de mauvaises choses.

Lorsque David Alexander a déménagé à Saskatoon, Saskatchewan, en 1980, il s'est fixé pour but d'apprendre à peindre la prairie - tâche intimidante. Il estime qu'il lui a fallu près de dix ans pour comprendre le paysage des prairies avec ses vastes étendues planes, balayées par le vent et presque dénudées et ses immenses ciels aux formations de nuages majestueuses.

Durant les années 1980, Alexander a plusieurs fois eu l'occasion de voyager à l'extérieur du Canada, étudiant les œuvres d'autres artistes dans musées et galeries d'art, rencontrant artistes, conservateurs et critiques à Londres et New York, et faisant des excursions de croquis dans des endroits reculés. Pour son premier voyage dans l'Arctique, il s'est rendu à l'île d'Ellesmere, en 1988, une exténuante marche de deux semaines à raison de seize heures par jour.

L'artiste a obtenu une maîtrise en beaux-arts de l'Université de la Saskatchewan en 1985, et rédigé son mémoire de maîtrise sur l'oeuvre de l'impressionniste français Claude Monet. Il s'est particulièrement intéressé aux effets de la détérioration de la vue de Monet au cours des dernières années de sa vie sur sa structure picturale. Alexander a effectué quelques visites de recherche à la maison et aux jardins de Monet à Giverny, non loin de Paris. Alexander a également fait des excursions de randonnée/croquis sur les îles Orkney en Écosse, en 1989.

Dans ses œuvres des années 1980, Alexander a délaissé les surfaces planes aux minces couches de peinture au profit des formes plus musculaires qui laissent entendre une tridimensionnalité et une application de peinture plus épaisse et plus énergique.


Les œuvres des années 1990 de David Alexander

Le rythme de mon œuvre vient du fait d'être physiquement dans le paysage et non de le regarder comme voyeur, de marcher dans le paysage, de marcher sur le paysage et d'y retourner. C'est alors que je commence à comprendre le mouvement de la terre.

Durant la deuxième décennie qu'Alexander a passée à Saskatoon, il a pu beaucoup plus voyager, faisant des dessins ou de petites peintures sur place de divers endroits qu'il pourrait peindre sur de grandes toiles une fois de retour dans son studio. Il a longtemps été attiré par les endroits nordiques ainsi que par les régions/environnements alpins du Canada. Il faisait habituellement une ou deux randonnées par an dans les Rocheuses et il s'est aussi rendu deux fois en Islande (en 1999 et en 2002), et fait un voyage au Groenland et à l'île de Baffin en 1993. Sa femme et lui se sont rendus à Terre-Neuve en 1998, et ils y sont retournés tous les étés jusqu'à ce qu'ils déménagent dans la vallée de l'Okanagan, en 2003.

Dans plusieurs peintures de cette époque, il a fait appel à un concept qu'il a inventé, celui d'insérer une fleur géante dans le paysage dénudé de l'Arctique. Cette juxtaposition bizarre rehausse les aspects innés de chacun des éléments, le paysage inhospitalier, mais impressionnant de l'Arctique ainsi que la couleur éphémère et la beauté invraisemblable d'une fleur tropicale.




David Alexander : Encore plus loin

Les peintures [de montagne] qui me semblent les plus raisonnables sont celles qui me permettent d'apprendre la forme particulière d'une gamme.

Durant les dix premières années de ce siècle, David Alexander a continué de se donner pour priorité de se rendre dans les endroits reculés dans le but de créer des peintures basées sur les endroits où il avait marché, des endroits qu'il avait vus et dont il avait fait l'expérience. Il a quitté Saskatoon pour Kelowna, C.-B., en 2003, mais il n'a pas peint le paysage de l'Okanagan. Il a plutôt fait des voyages de croquis/recherche en Californie, au Japon, en Argentine, dans l'Arctique (par bateau) et dans le Grand Canyon. Il continue cependant de faire des randonnées dans les Rocheuses et dans d'autres chaînes de montagnes de la Colombie-Britannique. Il y a donc plusieurs peintures sur les montagnes dans cette partie de l'exposition. Dans ces toiles, on sent que l'artiste cherche à comprendre la structure et le dessin des formes qui composent les montagnes où il se trouve. Alexander change facilement la taille de ses toiles selon le sujet qu'il explore. Rectangles à l'orientation verticale ou horizontale côtoient des peintures pratiquement carrées et ses longues peintures de format panoramique très efficaces.




Peintures de la série Wet (mouillé) de David Alexander

Avec les peintures de la série Wet, je me suis rendu compte que les surfaces de l'eau renferment tout le paysage qui les entourent, y compris le ciel.

À partir de 2004 (après une première inspiration en 2001), Alexander a commencé à porter une grande partie de sont attention aux surfaces de l'eau comme point de départ de ses peintures. Qu'il s'agisse de surfaces d'étangs, de lacs, de petits lacs de montagne ou de fosses qu'il avait observés et photographiés, l'artiste s'intéressait aux couleurs fuyantes et aux effets de lumière.

Il tentait également d'établir un lien entre sa représentation de la surface de l'eau et la planéité du plan pictural de sa peinture. Il ne s'agit pas ici d'une relation d'un à un directe qu'il commence par établir pour ensuite jouer avec elle, mais plutôt une relation élastique et dangereuse. Dans sa série Camouflage, qui s'intègre à l'ensemble de sa série Wet, il pousse les choses à l'extrême sur le plan visuel, polarisant les couleurs observées dans les vaguelettes, et créant des peintures frappantes aux effets d'optique séduisants et inhabituels.

On pourrait avancer que la série Wet d'Alexander est en quelque sorte un retour à Monet, sur qui son mémoire de maîtrise en beau-arts a porté au début des années 1980. Aucun artiste ne peut cependant peindre la surface d'un étang sans être confronté avec le fait que Monet est virtuellement « propriétaire » du sujet. Mais Alexander le fait véritablement sien et son usage de la forme, de la couleur, de l'espace ainsi que des effets liés aux émotions et à l'humeur sont véritablement remarquables.




15 septembre 2012 - 20 janvier 2013
Lieu de Domestication, (détail), 1998, acrylique sur toile, 170,1 x 147,3 cm. Collection de Carey Alexander. Photo : Yuri Akuney