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Dan Steeves : Le souvenir de la douleur

Les trois dernières décennies de la carrière artistique de Dan Steeves en tant que graveur, travaillant de chez lui et de son studio de Sackville, Nouveau-Brunswick, ont été ponctuées par son exploration évolutive du thème du combat du bien et du mal pour l'âme des vivants. Par des eaux-fortes très expressives, historiques et contemporaines, qui interprètent la terre, le logis et les gens de la région de la baie de Fundy, Steeves a fouillé les natures de la tentation et de la rédemption.


La série de gravure de Steeves qui constitue Le souvenir de la douleur examine un traumatisme très personnel qui a touché sa famille. Mettant à l'épreuve leur force et leur croyance collectives, ce malheur a laissé sur tous les membres de sa famille des marques aussi indélébiles que les impressions gravées sur les plaques où grandissent ses images frappantes. 

Les gravures exposées ici sont des représentations du foyer et des ruines du camp de travail autrichien de la Seconde Guerre mondiale et du camp de concentration juif de Mauthausen. Le conflit personnel de Steeves et le souvenir insistant qu'il a laissé sont les points de départ d'une fascinante exploration artistique d'une rencontre avec la douleur et la souffrance et de ses aspects transformateurs.

Le souvenir de la douleur est une variation sur un thème familier de son œuvre, mais avec une iconographie très différente qui agit simultanément à plusieurs niveaux. Les éléments personnels sont en accord avec la toile de fond historique, mettant en relief les difficultés familiales. La souffrance de nombre de personnes est en apposition avec la souffrance individuelle. La douleur et les épreuves, le choc et le conflit émotionnels ainsi que la souffrance intérieure d'un artiste sont exprimés par une imagerie qui fait référence au travail de toute une vie et à une catastrophe historique.

Alimentés par une visite à Mauthausen, sentiments de confusion, de déséquilibre, d'anxiété et de chagrin prennent forme. L'expérience du monde qui l'entourait lui a fourni des métaphores visuelles convenables pour le mal qui envahissait sa famille et déstabilisait son sens de la certitude et de la croyance.

Il ne fait aucun doute que Steeves a compris l'horrible ironie d'une visite à Mauthausen immédiatement après avoir appris le diagnostic de sa femme. Pas plus, compte tenu de sa foi religieuse, qu'il aurait douté que la collision de ces événements fatidiques, ayant tous rapport avec la mort et son ombre, était en quelque sorte un test de ses propres croyances que la vertu et le bon travail pourraient racheter.

Réalité et croyance, ces deux systèmes antithétiques ont été polarisés par le voyage à Mauthausen. Dans la mesure où Steeves pouvait trouver un équilibre entre les nombreuses antithèses, il a fait face au spectre d'une des façons qu'il pouvait contrôler : par son imagination, son art et sa religion, qui ensemble lui ont donné indices et direction pour découvrir la voie qui lui permettrait de naviguer dans les circonstances périlleuses dans lesquelles il se trouvait. Symboliquement, il a lui aussi grimpé les marches de pierre de la carrière où tant de personnes avaient péri un demi-siècle plus tôt.

Le souvenir de la douleur est une étude artistique sur ce que représente chez une personne créative le fait de faire face au spectre invisible de la mort et de le surmonter. Il atteste aussi du chemin qui mène à la guérison - physique, émotionnel et spirituel - après une horrible confrontation avec la morbidité. Il nous rappelle également la capacité de l'esprit de racheter même les souvenirs les plus noirs et les plus pénibles du passé personnel et de l'histoire.
 
Le message de Steeves est d'abord et avant tout un message d'espoir. Les gravures affirment que imagination possède des possibilités apparemment illimitées pour trouver un sens aux épisodes traumatiques, personnels et partagés. Le familier, nous raconte Steeves, détient un potentiel de transcendance. En embrassant le vaste éventail d'expériences que comporte une vie riche aux couches multiples, il nous révèle que l'art peut transporter l'âme et l'esprit des bas-fonds au pinacle. Ce périple peut nous purger du mal et de la douleur jusqu'à ce qu'ils ne soient que souvenirs, traces sur une plaque, images symboliques sur une page, emblèmes d'espoir.


27 janvier 2013 - 26 mai 2013
c’est un rituel qui a marché, (détail), 2012, 45 x 60.5 cm