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Citation

Cette exposition qui comprend notamment des œuvres de Hank Bull, Robert Harris, Lucy Hogg, Adad Hannah, Salmon Harris et Leslie Poole porte sur des œuvres qui citent des chefs-d'œuvre de l'histoire de l'art. 


« ...toute seconde nature victorieuse devient une première nature. » -Friedrich Nietzsche

Les énoncés visuels font souvent appel aux citations - allusions ou références directes à des passages bien connus d'œuvres du passé - afin d'établir l'autorité d'une voix ou d'une perspective nouvelle. Paradoxalement, les artistes ont souvent utilisé les images d'autrui pour différencier leur propre position. Le fait de citer prend plusieurs formes, du soi-disant mode direct de la copie, à l'insertion dans une nouvelle image d'éléments empruntés d'ailleurs en passant par la traduction d'une composition ou d'un sujet reconnaissable dans un nouvel idiome ou un style personnel. Cette exposition réunit des œuvres qui, à des fins différentes, citent de célèbres œuvres d'art. Bon nombre de ces œuvres font partie de la collection permanente du Musée d'art du Centre de la Confédération.

La forme de citation la plus évidente est probablement la copie. Les artistes ont souvent appris leur métier en copiant les grandes œuvres du passé. Cette méthode permet d'apprendre à la fois technique et compréhension, mais le choix de l'œuvre copiée peut également être une forme d'identification; l'artiste manifeste son allégeance ou sa reconnaissance envers un maître donné ainsi que son habileté face aux défis que posent d'autres œuvres. Comme bon nombre de peintres canadiens de la fin du 19e siècle, Robert Harris a développé son talent et sa réputation en examinant de près l'art des Grands Maîtres européens comme Diego Vélasquez et en les imitant. Il a non seulement fait des copies de Las Hilanderas et Las Meninas, qu'il a vues au Prado de Madrid, mais les choix qu'il a faits en recadrant les images nous en disent beaucoup sur ce qu'il jugeait important. Ainsi, dans sa copie de Las Hilanderas, il met l'accent sur la fileuse qui se trouve à l'avant-plan droit du tableau qui, aux dires des commentateurs, représente le peintre en tant qu'humble artisan qui peine au travail, près de la terre et des outils de son métier. Même en s'attaquant à l'un des plus grands peintres européens, Harris se définit lui-même davantage comme un travailleur terre-à-terre plutôt que comme un fabricant désinvolte d'idées visuelles.

Par opposition, l'œuvre la plus célèbre de Vélasquez, Las Meninas, est souvent considérée comme étant une image conceptuelle novatrice, établissant l'autorité intellectuelle de l'artiste qui place son propre portrait dans l'image en tant que spectateur privilégié. Comme la citation peut être aussi révélatrice de la primauté d'une vue ou d'une interprétation données d'une œuvre que de l'œuvre citée elle-même, Las Meninas a souvent été réexaminée par les artistes qui étudiaient la condition de spectateur. Adad Hannah a réalisé de nombreuses vidéos et photographies dont regarder l'art est le sujet principal et ce n'est pas par accident qu'il a pris des images des gens qui regardaient Las Meninas même. Dans ces vidéos, nous pouvons voir comment un chef-d'œuvre ancien fonctionne dans le présent. Hannah réactive l'image en plaçant des spectateurs qui tiennent un miroir, prolongeant les célèbres surfaces réfléchissantes de la peinture dans un espace contemporain. Les poses figées des spectateurs nous rappellent à quel point les chefs-d'œuvre attirent notre attention et notre respect, mais l'œuvre illustre en même temps l'impossibilité d'une telle vue figée du passé, alors que les minuscules mouvements des sujets sont enregistrés au fil du temps. Le fait de citer peut aussi faire plus explicitement lumière sur le passage du temps. La vidéo à écran divisé de Hank Bull de deux montagnes qui figurent dans un des paysages peints les plus célèbres de la Chine représente de façon vivante les conditions actuelles dans ce pays, illustrant les relations changeantes avec deux formes stables qui ont souvent servi de symboles de la pérennité de la nation. Dans la même image, nous apercevons la présence de personnages géologiques primitifs et de motifs antiques de l'utilisation des terres qui côtoient les nouveaux moyens d'utiliser les terres et de s'y déplacer ainsi que les nouvelles techniques de les saisir, visuellement.

Vision changeante, tel pourrait être le sujet central de l'approche multigénérationnelle en strate de Leslie Poole qui porte une fois de plus sur la peinture Las Meninas. Réagissant à l'engagement de toute une vie de Picasso face à cette toile et à l'œuvre originale qui se trouve encore au Prado, Poole a compliqué l'image encore plus en la divisant en parties et en se plaçant lui-même directement dans l'image, par le biais de diverses références autobiographiques - de sa propre main de peintre, aux incidents et contextes autobiographiques, à son propre visage. L'assertion d'une vision changeante de Lucy Hogg est une assertion activiste, un défi direct face à l'autorité des chefs-d'œuvre. Utilisant des couleurs théâtrales crues pour repeindre des « pièces du musées » en tant qu'échos quasi apocalyptiques inversés qu'elle place ensuite stratégiquement dans des collections en vue, elle intervient dans l'histoire de l'art par des répétitions perverses. Alors que l'œuvre de Hogg représente des grandes œuvres dans un état apparent de ruine, Salmon Harris fait renaître un chef-d'œuvre perdu par la répétition. Ici, il recrée, dans un style contemporain, la murale réalisée par Robert Harris en 1884 pour le Parlement, Les Pères de la Confédération, qui a été détruite dans un incendie en 1916. Son œuvre est basée à la fois sur des photographies de la peinture ainsi que sur les croquis existant qui l'ont précédée, confondant l'emplacement temporel d'une œuvre à laquelle nous n'avons plus accès, et reflétant davantage notre distance permanente par rapport à tout original et leur réutilisabilité sans fin.


18 mai 2013 - 2 février 2014


Hank Bull, Couleurs d'automne d'après Zhao Mengfu, (détail), 2012, fac-similé d'une peinture sur rouleau et vidéo, 19 minutes. Courtoisie de l'artiste