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Hilda Woolnough : Rétrospective

Rétrospective de la carrière d'une des artistes les plus influentes des 50 dernières années à l'Î.-P.-É.- dessins, gravures, peintures et courtepointes.


Hilda Woolnough a laissé une immense marque sur le monde des arts visuels de l'Île-du-Prince-Édouard. Un grand nombre des institutions artistiques, une bonne partie de la scène des arts et même des conversations et des comportements peuvent attester de son influence. Le Musée d'art du Centre de la Confédération est fier de présenter cette rétrospective de son œuvre importante en tant qu'artiste visuelle, exposant une grande variété des créations de Woolnough depuis ses débuts, tôt dans les années 1960.

Née à Northampton, Angleterre, en 1934, Hilda Woolnough a fréquenté la Chelsea School of Art de Londres de 1952 à 1955. Sa formation, notamment auprès de Julian Trevelyan, Ceri Richards et Bernard Meadows, avait fait qu'elle accordait une grande importance au dessin, à la facilité technique, aux répercussions visuelles graphiques et à l'approche expérimentale de la création d'images. Bien qu'elle ait employé de nombreuses techniques dont la peinture, le design sur tissu et la sculpture, sa pratique était fondamentalement basée sur son dessin dynamique et son exploration innovatrice des matériaux et techniques de la gravure. Dès le début, Woolnough a été prolifique et elle travaillait souvent rapidement, privilégiant les œuvres su papier de format moyen, créant des séries comme moyen de recourir à une variété de techniques dans l'élaboration d'un motif ou d'un thème visuel.

En 1957, Woolnough a émigré au Canada, s'établissant à Hamilton, Ontario. Ses rapports avec le Musée d'art du Centre de la Confédération, qui n'a cessé de collectionner et de présenter ses œuvres, remontent à 1964; une des premières acquisitions du Musée a été une linogravure intitulée Papillon no 3, une œuvre exemplaire des débuts de sa carrière, alors qu'elle se concentrait sur la gravure. En 1969, après avoir poursuivi ses études à Londres et au Mexique - elle a obtenu une maîtrise en beaux-arts du Instituo Allende de San Miguel de Allende - Woolnough a déménagé à Charlottetown, Île-du-Prince-Édouard. Elle y a formé un solide partenariat avec son mari Reshard Gool, écrivain et professeur à l'Université de l'Île-du-Prince-Édouard. Ils étaient tous deux des personnages centraux de la scène artistique et littéraire grandissante de la province et ils ont contribué à la création d'une série de centres gérés par des artistes, d'expositions d'œuvres d'art d'enfants, un journal parallèle et une maison d'édition, Square Deal Press. Woolnough est devenue une des forces motrices de nombreuses organisations artistiques de l'Île-du-Prince-Édouard dont la Phoenix Gallery, la Great George Street Gallery, le PEI Printmakers Council, le Conseil des arts de l'Î.-P.-É. et l'Arts Guild. La série de courtepointes qu'elle a conçues et fait faire par des artisans de l'Île témoigne de son engagement avec la communauté créative de la province.

Même pendant qu'elle s'affairait à bâtir et à appuyer la scène artistique avec tout ce que cela implique comme tâches administratives et politiques, Hilda Woolnough continuait de se concentrer sur l'élémentaire dans son travail. Processus naturels, mythes, naissance, mort et le corps figurent abondamment parmi les sujets abordés tout au long de sa carrière. Même sa méthode était en cause. Dans une entrevue accordée à l'historienne de l'art Joan Murray en 1986, Woolnough faisait remarquer qu'avec le temps, elle en était venue à douter de ses propres habiletés techniques, adoptant frottage, pochoirs et les résultats indirects et parfois accidentels de processus d'impression complexes en tant que manière de se rapprocher de ses matériaux et de manifester un intérêt profond à l'endroit des éléments fondamentaux de la création.

Après l'accident cardio-vasculaire de son mari, accident qui devait causer sa mort en 1989, l'intérêt de Woolnough pour l'élémentaire s'est de plus en plus tournée vers le corps humain, souvent dépeint dans des états physiques ou psychologiques extrêmes, et vers le passage du temps, exploré de manière très élaboré dans La mesure du temps, exposition que le Musée d'art du Centre de la Confédération a présentés en 2001, et qui comprenait sculptures, environnements sonores et gravures complexes aux couches multiples. Sa dernière grande œuvre, l'installation Guantanamo, créée en 2004 et 2005, portait sur son intérêt de longue date envers le corps humain dans ses limites existentielles, placé dans un puissant énoncé politique.

Les réalisations de Hilda Woolnough lui ont valu maints honneurs de son vivant. En 1999, elle a reçu le prix Father Adrian Arsenault Senior Arts en reconnaissance de son travail à l'Île-du-Prince-Édouard et elle a été élue membre de l'Académie royale des arts du Canada en 2000. Elle est décédée en 2007 et ses nombreux admirateurs, collègues et protégés à l'Île et ailleurs pleurent encore sa perte. Je me considère de leur nombre et il me serait impossible de ne pas ajouter une note personnelle au sujet de Hilda. Elle a été une amie, un excellent mentor, une inspiration. Je me sens privilégié d'avoir eu l'occasion de célébrer sa vie et son œuvre grâce à cette exposition.

 -Pan Wendt, conservateur

8 juin 2013 - 22 décembre 2013


Caryatide, (détail), 1985, graphite et crayon de couleur sur papier, 76,5 x 56,8 cm. Collection de la galerie d'art de l'Université Carleton