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Les œuvres les plus récentes d'Heather Millar, Deuxièmes chances, se composent de paires de peintures basées sur des photographies d'identité judiciaire de condamnées australiennes datant du début du 20e siècle. Ces femmes aux visages hagards, condamnées pour des crimes allant d'avortement illégal, à bigamie, vol, usurpation d'identité, prostitution et même meurtre, nous regardent tout en se présentant à nous comme sujets d'observation et de jugement. L'inclusion de deux portraits pour chaque sujet - un profil et une vue de face - reconnaît explicitement la position double du projet, ce que le titre laisse sous-entendre, tout en respectant les conventions de la documentation criminelle. Le fait que ces femmes sont à la fois regardeuses et regardées, qu'elles posent un regard sur nous tandis que nous les évaluons, est renforcé par la ressemblance avec les portraits conventionnels, par la manière dont l'artiste a minutieusement peint leurs traits et par leur attitude souvent distante. Que l'on voit dans leur regard de la dignité, de l'accusation, de la déroute ou simplement du rejet, ces femmes ont été à la fois vidées de leur personnalité et imbues d'une puissante présence. De plus, en tant que peintures qui illustrent des photographies, les visages que Millar a étroitement observés revêtent les caractéristiques d'un masque; ils incarnent tous deux un organisme subjectif et témoignent de son inconnaissabilité. Une des caractéristiques déterminantes des photographies d'identité judiciaire réside dans le fait qu'elles donnent de la visibilité à un aspect clé de l'incarcération, l'extraction d'une personne de son quotidien et son insertion dans un cadre nouveau et plus restrictif, un cadre qui en fin de compte les soumet à une observation constante sous une lumière froide et peu flatteuse. Les portraits détaillés de Millar participent au naturalisme de ce dossier photographique. Ils nous rappellent en même temps d'autres modèles comme les icônes religieuses médiévales sur fond doré. Chaque portrait est peint sur cuivre recouvert de gesso; le reflet rosé qui entoure chaque visage s'allie aux coups de pinceaux en douceur de Millar pour produire une image adoucie sur un fond monochrome aussi dépouillé que les photographies originales, mais un fond qui enveloppe les sujets de chaleur. Même si ces portraits extirpent leurs sujets de tout contexte, comme le font les photographies d'identité judiciaire, ils le font pour une toute autre raison. L'artiste s'identifie clairement à ces femmes ostracisées, et ses portraits les élèvent, sorte d'hommage, nous rappelant leur réalité très particulière et très dure.

Heather Millar est née à Edmonton, en Alberta, en 1976. Elle a fréquenté l'Alberta College of Art and Design (ACAD) de 1994 à 1998 avec spécialisation en soufflage du verre. Depuis qu'elle s'est établie à l'Île-du-Prince-Édouard, en 2008, elle se concentre sur la peinture. La Banque d'œuvres d'art de l'Î.-P.-É. a récemment choisi une de ses œuvres et on lui a confié la commande Art in the City pour la Ville de Charlottetown en 2014.


7 février 2015 - 24 mai 2015